19 mai 2017 : Las Rozas de Madrid !

 

La cuenta, por favor !

Vendredi 19 avril, 17 h. Las Rozas, dans la banlieue de Madrid. Dans les tribunes, une demi-douzaine de Fleurs Bleues terminent péniblement leur nuit essayant d’arracher coûte que coûte quelques minutes de sommeil supplémentaires. Le reste de la troupe a opté pour la terrasse d’un bar, idéalement placée juste en face du stade. Sur le terrain synthétique, les éducateurs du club sont à la baguette et une trentaine de gamins s’initient au rugby dans des éclats de rires et sous un soleil radieux. Les cadets, eux, prennent le bus sous la houlette de leur coach. On se croirait à Carpentier. Las Rozas est une place forte du rugby amateur espagnol. L’équipe 1 joue en deuxième division nationale, ses M14 viennent d’être sacrés champions d’Espagne et l’école de rugby jouit d’une très bonne réputation dans tout le pays. Il reste deux heures avant de jouer et les Fleurs Bleues sont toujours plongées dans une paisible léthargie. Petit à petit, les vétérans de Las Rozas débarquent en nous saluant d’un « Ola » chaleureux. L’âge est avancé mais les gabarits solides. Pepe, un ancien du Massif, nous donne quelques indications sur ses anciens coéquipiers (Il a porté le maillot de Las Rozas). « Ils aiment bien rentrer », nous glisse-il. L’autre équipe, qui vient des Canaries, n’a pas encore pointé le bout de son bec. Nous débuterons donc face à Las Rozas. Fifi sonne le rappel des troupes et nous découvrons des vestiaires immenses, dignes d’un club de Top 14. Pour l’occasion, nous comptons sur le renfort de François, (merci à lui), fraîchement débarqué du Lubéron, ami vigneron de Nicolas le Sancerrois et dont l’allure de ses oreilles nous fait penser qu’il va nous faire du bien. Gaétan, habitué des Lundi soir à Carpentier, lui aussi arrivé vendredi, est frais comme un gardon. Ses cannes vont nous faire du bien, se dit-on secrètement. Le temps de l’échauffement est venu. Fifi donne ses dernières consignes « On joue tous les ballons et on écarte vite ».

L’esprit de la règle

Les règles aussi, forcément restrictives. Jeu au pied limité dans les 22 m, obligation pour l’équipe qui franchit la ligne des 22m adverses de faire une passe pour marquer, pas de lift en touche. Pas simple. Le match commence. Las Rozas jouent comme attendu avec ses atouts, dans le petit périmètre. Les Fleurs Bleues respectent la consigne et se prennent pour des Fidjiens. On joue la première mi-temps et les Fleurs dominent la partie. Thibaud, solide deuxième-ligne des FB, gratifie alors le nombreux public d’un geste de classe remarqué : une magnifique chistera pour… personne. Cela lui vaudra de passer la très longue troisième mi-temps avec un bonnet ridicule sur la tête. Les Fleurs Bleues sont en roue libre et Avignon, un avant de devoir, tente un périlleux offload après un travers monumental. Ballon perdu… Gaétan oublie La Bordure, toujours en quête de son premier essai avec les Fleurs Bleues, dans un deux-contre-un d’école. On se dit alors que la concurrence est rude pour porter le bonnet ridicule. Quand soudain, surgit un nouvel « incident » de jeu : Fabien, ailier à la course rapide et à la tête casquée, hérite d’un ballon dans son couloir. A la vitesse où il court, il va très vite atteindre les 22 m, se dit-on. Et là, il devra forcément faire une passe pour que l’essai soit validé. Arrivé aux quarante, la course folle de notre ailier est émaillée de cris qui fusent des quatre coins du terrain : « la passe », « la passe ». Aux trente mètres, les alertes sonores montent d’un cran « Faut faire une passe ». La ligne des 22 mètres est franchie et tout le monde comprend qu’il n’y a plus d’espoir. Fabien file vers l’en-but, l’allure fière de l’allier qui a fait le job, et aplatit. Essai logiquement refusé par l’arbitre qui mime un « NON » avec la tête et une passe avec les mains. Les Fleurs Bleues remportent finalement la partie 3 à 1 face à nos amis de Las Rozas bien que l’Ibère soit rude… C’est à ce moment-là que nous commençons à remarquer que l’équipe des Canaries s’est enfin posée au stade. Dans l’en-but, à l’abri des regards et des prédateurs. La première indication saute aux yeux : ils sont jeunes. Et ce n’est pas bon. On entend même : « La volaille canarie nous a pris pour des jambons en nous envoyant des jeunots ». L’ouvreur adverse focalise l’attention : cheveux longs, port altier, adepte de la chistera et du crochet intérieur, il commande ses troupes comme un amiral espagnol.

L’envie d’avoir envie

Dans les yeux des troisième ligne des Fleurs Bleues commencent à poindre ce regard du fauve qui admire, dans un silence respectueux, sa future proie. Pour en savoir plus, nous assistons au match entre les volatiles et Las Rozas. Ces derniers bien organisés et vaillants tiennent le coup, malgré leur manque de cannes, mais finissent par céder. Nous jouerons donc la première place (toute symbolique, bien sûr) face aux Canaries, une équipe à cannes. Fifi sonne une dernière fois l’appel des troupes pour partir s’échauffer. Les jambes sont lourdes et les âmes des Fleurs Bleues semblent errer en vain au-dessus de l’en-but cherchant en vain une raison objective de disputer un match de rugby. La partie commence sur un faux rythme mais les Fleurs Bleues sont dans le coup. L’ouvreur ibère n’est pas à la fête et se fait enterrer dans son propre en-but par deux avants des Fleurs Bleues, après une tentative désespérée de dégager son camp. Les Fleurs Bleues dominent mais rien n’est joué. 1 à 0 à la mi-temps. Mais on sent que cette équipe des Canaries n’est pas venue dans la capitale pour se faire déplumer. En deuxième mi-temps, les Fleurs Bleues prennent la main en alternant jeu d’avants et séquences de gazelles.

Gracias Las Rozas

Sur le pré, personne ne se fait de cadeaux et le match se tend logiquement. Les dix dernières minutes sont intenses et l’arbitre du jour ne chôme pas. Sébastien parle avec ses mains à l’ouvreur adverse. Yann se prend un vilain plaquage cathédrale et Fifi sauve in extremis son joli nez sur un déblayage au casque. Il y a de l’ambiance aux quatre coins du terrain. Au bord du terrain, Guillaume, Fred et Dani multiplient les encouragements et plus encore… Sur un ultime effort des avants aidés par un téméraire ailier, un monstre à 16 pattes aplatit dans l’en-but. Les Fleurs Bleues s’imposent 3 à 1 et savourent leur bonheur. Seul bémol : Cyril a laissé une cheville sur le pré. La soirée se poursuit par une troisième mi-temps organisée dans les installations du club. Les vétérans de Las Rozas ont mis les petits plats dans les grands pour la réception et nous gratifient de multiples chants dans une très belle ambiance. Nous les rejoignons dans un bar de la ville avant de rentrer à Madrid, fatigués mais heureux.

Merci Pépé pour l’organisation de cette rencontre. Merci Carlos pour les festivités.

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